LE CHANT GREGORIEN.
Il semble que la tradition attribuant la création du Chant Grégorien à Saint Grégoire le Grand ( 604 ) ait été introduite par le biographe Jean Le Diacre ( 884 ).
Le Pape Grégoire fut un grand réformateur de l’Église, de la Liturgie et même du Chant liturgique, mais il n’est pas concevable qu’il ait pu seul , et moins encore durant un court pontificat ( 590-604) composer ou seulement compiler le vaste répertoire qui lui est attribué.
La véritable contribution de Grégoire Le Grand fut de réorganiser et d’instaurer une Schola cantorum
( École des Chantres ) et des Chœurs dans les Églises de Rome.
Les documents que nous connaissons aujourd’ hui sous le nom de Chant Grégorien sont sensiblement plus tardifs que leurs origines musicales et, de manière générale , rarement antérieurs au IX siècle .
Ceci prouve qu’il dût y avoir , au début,une très forte tradition ne nécessitant pas le support d’une notation écrite pour transmettre les éléments mélodiques , rythmiques et expressifs constituant le plain chant .A cette époque le chant appartenait au peuple et n’était pas la propriété exclusive de professionnels. Certaines mélodies provenant de ce répertoire liturgique primitif - couplets et refrains stylistiquement simples- étaient si familières qu’elles devaient faire l’effet d’une véritable effusion populaire dans les grandes basiliques romaines.
Une fois cette forme de chant devenue plus élaborée et la notation neumatique démultipliée , ( neume : nombre de notées chantées sur une seule syllabe ), le chant perdit son caractère populaire et devint la chasse gardée de quelques professionnels qui ,même dans les monastères , se trouvaient être les seuls capables de maîtriser la complexité des nouvelles compositions. Cette musique fut copiée dans de merveilleux manuscrits , et c’est par l’intermédiaire de ces codices dispersés dans les bibliothèques médiévales à travers toute l’Europe que le chant Grégorien a pu nous être transmis.
La tradition de l’Église , en préservant ces anciennes et vénérables mélodies ainsi que les documents , les renfermant ,a joué un rôle non négligeable. Cependant , par l’usage mais aussi l’influence de nombre de styles musicaux , tout au long des siècles , le plain chant perdit de sa beauté première et , assurément ,de son authenticité sur le plan de l’interprétation ; seuls les compositeurs et interprètes anonymes du Moyen Age tardif sauraient les lui restituer.
Au cours de la seconde moitié du XIX siècle , un phénomène de restauration fut amorcé , principalement par les moines de Solesmes. Menées en moins d’un siècle, d’érudites études ont su montrer la perfection de ces œuvres de musique ancienne tout en élargissant nos connaissances quant aux intentions originelles des compositeurs et des interprètes . Dans tel de ces vieux manuscrits ,on ne trouvera que la notation neumatique , sans portée ni clé ( de simples signes au dessus du texte latin indiquant les inflexions de la voix ) . S’il n’existait une forme ultérieure de la tradition , cette écriture , sur strict plan mélodique , serait indéchiffrable .
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